Enemy Versus Bourgeois

Quel est le lien entre le film Enemy de Denis Villeneuve et l’oeuvre de l’artiste Louise Bourgeois ? Dans cette vidéo, nous mettons en relation deux médiums et établissons que la frontière entre les différents arts est plutôt mince.

Images : Fernand Léger, Les Loisirs sur fond rouge, 1944-1949 André Lhote, Paysage de Mirmande, 1938 Louise bourgeois, Personnages, 1965 Louise Bourgeois, Série Ensemble de Femmes-maisons, 1945–1947 Louise Bourgeois, Maman, 1999 Louise Bourgeois, Spider, 1997 Louise Bourgeois, Destruction du père, 1974

Extraits : Rosemary’s Baby, 1968, Roman Polanski Eyes Wide Shut, 1999, Stanley Kubrick Seven, 1995, David Fincher Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, 2001, Jean-Pierre Jeunet Spider, 2002, David Cronenberg Denis Villeneuve, 1998, Un 32 août sur terre Denis Villeneuve, 2000, Maelström Denis Villeneuve, 2009, Polytechnique Denis Villeneuve, 2010, Incendies Denis Villeneuve, 2013, Prisoners Denis Villeneuve, 2013, Enemy Denis Villeneuve, 2015, Sicario Denis Villeneuve, 2016, Premier Contact (Arrival) Denis Villeneuve, 2017, Blade Runner 2049 Denis Villeneuve, 2021, Dune

Musique: La voyageuse

Sources externes : https://blog.artsper.com/fr/la-minute-arty/10-choses-a-savoir-sur-louise-bourgeois/ https://www.numero.com/fr/art/louise-bourgeois-dix-ans-anniversaire-femmes-maisons-fillette-robert-goldwater-new-york-araignee-phallus-janus-fleuri-maternite-fernand-leger-robert-mapelthorpe- https://www.beaux-arts.ca/collection/artiste/louise-bourgeois?__cf_chl_jschl_tk__=pmd_Aq6S.Y3bZjvZqAJ9_NPsJgg2ZGpx_hRCAm93PrVrlcw-1631710503-0-gqNtZGzNAjujcnBszQhl https://www.beaux-arts.ca/magazine/livres/regards-sur-la-vie-et-loeuvre-de-louise-bourgeois http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-bourgeois/ENS-bourgeois.html http://www.artwiki.fr/?LouiseBourgeois https://www.museumtv.art/artnews/oeuvre/maman-de-louise-bourgeois/ https://quefaire.paris.fr/107727/louise-bourgeois https://www.bnf.fr/fr/louise-bourgeois-10-ans-deja https://www.franceinter.fr/emissions/le-grand-atelier/le-grand-atelier-06-decembre-2020 https://bourgeois.guggenheim-bilbao.eus/fr/le-saviez-vous https://www.linternaute.fr/cinema/tous-les-films/1899729-enemy-que-signifie-le-film-et-sa-fin-tentative-d-explication/ https://www.avoir-alire.com/enemy-denis-villeneuve-critique https://www.focus-cinema.com/7742604/explication-et-analyse-du-film-enemy/ https://alarencontreduseptiemeart.com/enemy/ https://www.francetvinfo.fr/culture/cinema/sorties-de-films/enemy-denis-villeneuve-ravive-le-mythe-du-doppelganger_3393763.html https://www.ecranlarge.com/films/dossier/999758-dune-blade-runner-2049-denis-villeneuve-est-il-surestime https://www.troiscouleurs.fr/article/le-film-du-soir-enemy-de-denis-villeneuve https://labibleurbaine.com/cinema/enemy-au-coeur-du-cauchemar-de-denis-villeneuve/

9ème édition de la Biennale Hors Normes

La Galerie des Terreaux

Daniel Mourre, Bernard Pelligand, Didier Burgaz, Joël Crespin, Catherine Ursin, Antonin Heck, Gaëlle Daudigeos, Palach Lodda, Lechenu, Jean-Yves Lefebvre.

13 Septembre 2021 – 28 Septembre 2021

« Arpentez les murs pour apercevoir une seconde la libellule dans cette immensité[1]

Ce que j’étais en train d’arpenter c’était la ville de Lyon, revenant de la visite des Subsistances et de l’école des Beaux-Arts de Lyon, voilà que je tombe sur la place des Terreaux. J’aperçois une galerie, qui m’était encore inconnue. Une Biennale Hors Normes[2] s’y trouvait. En jetant un coup d’œil, je vois des peintures et des sculptures qui me font penser à George Baselitz ou encore à Jean Dubuffet. Cela ressemble à de l’art brut, et vous commencez à connaitre ma passion pour cet art particulier. Bien que certains artistes se revendiquent ici d’un art Naïf, ce n’est pas vraiment le cas non plus. Dans cette exposition les apparences sont trompeuses, mais on comprend leur amour de la matière. Malgré certaines sémantiques que les artistes essaient de faire émerger, c’est la texturalitée de leurs œuvres qui frappe.

Daniel Mourre, Sans titre, 2019

Par exemple, Daniel Mourre nous parle d’effondrement et d’apocalypse. Mais c’est évidemment un travail sur l’empreinte de l’homme dans l’environnement qui l’intéresse. Il crée alors lui-même des traces abstraites, mais tout aussi concrètes, comme des traces d’ammonite dans la roche. Leur impression nous offre ici la possibilité d’une contemplation, d’un passé qui se trouve être notre présent comme notre avenir. C’est alors une œuvre sur le temps qui nous interroge sur le devenir de l’Homme[3].

Bernard Pelligrand

Bernard Pelligand est lui un artiste multidisciplinaire qui joue des mots, des couleurs et des formes à partir de matériaux de récupération[4]. Il Snif, Snif, Snif, mais ses représentations picturales restent empreintes d’humours mêlés à une certaine dramaturgie. Doit-on rire ou pleurer, face à ces fresques grotesques ?

Lechur, 2019

Didier Burgaz, est inspiré par l’automne et ses couleurs pour produire ses tableaux, son amour de l’impressionnisme et de Claude Monet ont été une telle source de joie, que l’artiste s’est empressé de capturer la nature avec son pinceau. Mais la maladie le prend et sa peinture devient pulsionnelle, violente, hachée en appliquant directement le tube d’huile sur la toile. S’inspirant alors de l’art brut, il se lance dans des portraits imaginaires qui expriment le plus souvent l’étonnement dramatique, proche de l’effroi d’où peut jaillir un cri de terreur et de détresse. Ces visages parfois défigurés sont là pour signifier l’homme détruit, enfermé, en proie à une immense déréliction[5].

Crespin , Ulysse epreuve de la séduction

Pour Joël Crespin, les éléments se colle, s’ajoute, s’accumule, presque frénétiquement, la toile devient le support de la recherche, une recherche de couleur, de texture[6], de forme. Un résultat étrange et énigmatique apparait.

Catherine Ursin

Le « corps » se situe au cœur de l’œuvre de Catherine Ursin. Corps dessiné, sculpté, photographié, violenté, torturé, toujours percutant et brutal, liaison entre passé et futur, instant suspendu entre rupestre et sidéral, en mouvement perpétuel. Son Œuvre picturale dans la galerie est ici transgressive, hétéroclite, inclassable. Le corps est représenté dans toute sa monstruosité et sa marginalité.
Il est en effet dénaturé, mais renvoie toujours à la nature de l’Homme parce que revendiquer l’informe, c’est s’engager dans un travail des formes équivalent à ce que serait un travail d’accouchement ou d’agonie[7]. La défiguration corporelle est alors figuration du trauma, créant une homothétie entre le vécu et le corps, témoin mutique signifiant au-delà des mots. Hypertrophié et déformé, d’acrylique et de plastique, de pierre et de fer, de chair et de sang, le corps, exploré sous toutes ses coutures, se fait expérience primaire, première blessure, motif universel et archétypal[8].  Catherine Ursin nous ouvre alors son âme, et nous invite à une magistrale catharsis[9].

Antonin Heck, Bois des Rues, 2021

Antonin Heck, développe dans son travail la sculpture, le dessin, l’illustration, la scénographie. Dans la galerie il nous propose ici des sculptures en bois, matériaux qu’il connait bien, puisque charpentier il a été. Avec ses figures humaines, il travaille sur la transversalité du fonctionnement du matériau bois et produit des sculptures à la hache. Il nomme l’ensemble de ce travail, l’impact de la hache, et développe une technique de l’éclatement de la matière par l’impact[10].

Gaelle Daudigeos, sans titre, 2021

Gaëlle Daudigeos nous présente des créatures fantastiques, malfaisantes, des représentations du monde actuel. Elle questionne alors notre rapport au monde et à l’altérité[11]. L’artiste est dans cette recherche d’un art Brut qu’elle explore auprès de patients de l’hôpital du Vinatier. Une recherche dont elle puise aussi son inspiration dans l’utilisation de la matière de ses poupées, presque vaudou et magique.

Antonin Heck, Bois des rues, 2017

Enfin, Palach Lodda peint des personnages qui racontent une émotion, une ambiance, une rêverie. Ils sont avant tout l’expression d’une recherche à l’aspect brut, imparfait, taché.

Les artistes ici sont alors dans cette compréhension et perception de ce qu’est l’art brut. Ils réfléchissent aux dispositifs à mettre en place pour expérimenter un art Naïf, alors plus profond et personnel.

Vous avez à présent toutes les clefs pour découvrir ces artistes bruitistes qui réfléchissent, du 13 septembre 2021 au 28 septembre 2021.

Amaury Scharf, Le champignon d’art, Article « 9ème édition de la Biennale Hors Normes » – 13 Septembre 2021 – 28 Septembre 2021.


[1] https://www.art-horslesnormes.org/index.php/event/vernissage-exposition-collective-galerie-des-terreaux/

[2] https://www.art-horslesnormes.org/wp-content/uploads/2021/07/PROGRAMME-9BHN.pdf

[3] https://www.danielmourre.com/empreinte_daniel_mourre_rouille_impact_artiste_plasticien.e.htm

[4] https://extranet.artetpatrimoine.art/artist/398

[5] http://didierburgaz.fr/

[6]  http://www.joelcrespin.com/bibliographie/

[7] Georges DIDI-HUBERMAN, La Ressemblance Informe, 1995 cité dans, https://www.univ-lyon3.fr/catherine-ursin-artiste-plasticienne-poetesse-performeuse

[8] Guillaume BRAQUET, Professeur agrégé, doctorant, Université Jean Moulin Lyon 3 cité dans, https://www.univ-lyon3.fr/catherine-ursin-artiste-plasticienne-poetesse-performeuse

[9] Lawrence GASQUET, Professeur des Universités, Université Jean Moulin Lyon 3 cité dans, https://www.univ-lyon3.fr/catherine-ursin-artiste-plasticienne-poetesse-performeuse

[10] https://antoninheck.com/Biography

[11] https://www.bullesdegones.com/agenda-45531-D%C3%A9sirs%20chim%C3%A8res%20.html

Facteur Cheval / J.R.R. Tolkien

Fantaisies héroïques

11 Juin 2021 – 03 Octobre 2021

Fantaisies Héroïques

Depuis quelques années maintenant je me passionne pour l’art brut, j’ai d’ailleurs à de nombreuses reprises parlées de différents outsiders artistes sur ce blog. Je connaissais alors l’œuvre de Joseph Ferdinand Cheval, alias Facteur Cheval. Et voilà maintenant plusieurs années que sur l’autoroute allant en direction de Marseille je vois le panneau indiquant le palais Idéal de celui-ci, me promettant d’aller un jour voir ce monument de l’art naïf, l’un des plus représentatifs du siècle dernier. Et voilà que je vois pendant l’été qu’une exposition met en relation l’œuvre du célèbre Facteur avec le plus célèbre des auteurs, J.R.R. Tolkien. Comment passer à côté de cette réunion ? Mon attente devient immense et incommensurable, un peu trop même, à n’en pas douter. L’exposition, sans être à tomber par terre, reste sans doute intéressante pour les liens sémantiques qu’elle laisse apparaître. Revenons donc sur cette exposition « Fantaisies héroïques ».

Portrait Joseph Ferdinand Cheval

D’abord Facteur Cheval, est un homme né en 1836 à Charmes, un petit village de la Drôme des collines, au nord de Valence. Devenu facteur, il effectue tous les jours une tournée de trente-deux kilomètres à pied, entre le village de Hauterives et celui de Tersanne.  

« Que faire en marchant perpétuellement dans le même décor, à moins que l’on ne songe ? écrit-il dans un récit autobiographique. C’est justement ce que je faisais ; je songeais. Et à quoi ? me demanderont mes lecteurs. Eh bien ! pour distraire mes pensées, je construisais en rêve un palais féerique dépassant l’imagination, tout ce que le génie d’un humble peut concevoir. »1

En 1876, à l’âge de 43 ans, il bute sur une pierre à la forme étrange, qu’il ramène chez lui. Le lendemain, il en collecte d’autres au même endroit. 10 000 journées, 93 000 heures, 33 ans plus tard, Ferdinand Cheval achève la construction de son « Palais idéal »2. 57 ans après, le bâtiment est classé monument historique par André Malraux, qui dit de lui qu’il est « le seul exemple en architecture d’art naïf« 3

C’est par la façade Est que tout commence. Au centre, une fontaine « La Source de Vie » entourée par un lion et un chien sera la 1ère construction réalisée par le Facteur Cheval. Avec frénésie, il ajoute fontaines, grottes, temples en accumulant pierres, coquillages et mortier de chaux. A droite, il ajoute un tombeau égyptien avec la volonté d’y être enterré avec son épouse, ce qui lui sera refusé.

Frédéric Legros, le directeur du Palais idéal nous dit par rapport à cette exposition « L’histoire de cette exposition commence par une singularité conçue par le Facteur Cheval et que peu de gens connaissent. En effet, saviez-vous que lorsque le Soleil commence à décliner sur le Palais idéal se révèle un grand œil de lumière ? Il va sans dire que ce grand œil lumineux peut pour certains rappeler la figure de Sauron dans le roman Le Seigneur des Anneaux. C’est très certainement l’observation de la nature et du cycle solaire qui amène Ferdinand Cheval à cette réalisation. Le soir, alors que les derniers visiteurs commencent à partir, la façade Est bascule dans l’ombre. Le Soleil, en train de se coucher à l’Ouest, vient éclairer la terrasse sur laquelle se trouve une sphère qui se nimbe alors de lumière. Ainsi, sur la façade orientale, par un jeu de perspective, se dessine un grand œil sans paupière à la pupille emplie de lumière. Ce phénomène très probablement inspiré d’une gravure de Claude-Nicolas Ledoux est la clé de voûte de l’exposition Fantaisies Héroïques.4 »  

J.R.R. Tolkien Bilbo comes to the huts of the Raft-elves, 1937

Le Palais idéal propose alors de faire le lien avec l’œuvre de J.R.R.Tolkien à travers l’univers graphique, un gout prononcé pour  la nature, la marche, deux hommes qui nous font voyager alors qu’eux-mêmes n’ont souvent traversé que leur contrée. Tolkien n’a alors jamais vu le Palais idéal, cette filiation est donc imaginée, mais fonctionne grâce aux inspirations similaires et ce gout pour le rêve et les mondes oniriques. Car l’architecture du Facteur cheval, c’est un langage, un langage naïf certes, mais vrai. En témoignent les nombreux textes gravés au cœur du palais.

J.R.R. Tolkien, Mithrim, 1927 et THe lord of the rings, Camille Henrot, 2012

Tolkien a créé une langue, des noms de peuples et de contrées imaginaires à partir de racines linguistiques variées. L’œuvre de Camille Henrot par exemple, où on peut lire dans l’espace ses Ikebanas, crée un dialogue avec le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien. Elle récupère l’alphabet Cirth, afin de créer pour l’une de ces compositions une inscription autour de l’espace. Les différentes plantes émergent de l’espace pour former les mots « ici gît Ballin Seigneur de la Moria ». Camille Henrot crée alors une passerelle entre la littérature fantaisie et le langage de la flore et de la faune. Sa retranscription spatiale crée un microcosme imaginaire tel qu’il a pu être imaginé dans la Bibliothèque de Babel de Borges. Bibliothèque de savoir du Facteur cheval, au sein de son palais idéal, qui a pour rôle premier, dans le plan d’origine de l’artiste, d’être son tombeau. Il s’inspire notamment de la revue, le Magasin Pittoresque, une encyclopédie populaire, contenant texte sur la morale, l’histoire, l’archéologie, l’art, les sciences naturelles, l’industrie et le voyage. Ses connaissances apprises sont ici regroupées et recréées en sculpture au sein des murs mêmes de son architecture. Les gravures qu’il y découvre deviennent la matrice de l’imaginaire présent au sein de sa construction architecturale. Les mots au sein du palais et dans l’œuvre de Tolkien ont alors une force. Pour Maurice Godelier ils ne sont pas seulement chargés de sens, mais aussi de valeur et d’affect5.

Toutefois et il ne faut pas l’oublier, Facteur Cheval est un artiste de l’art naïf, il pourrait sembler alors que celui-ci cherche à fuir une certaine réalité. J.R.R. Tolkien a fait remarquer alors qu’il ne fallait pas confondre l’évasion du prisonnier avec la fuite du déserteur. Il y a des romans où se manifestent de réelles et profondes qualités d’écriture, où le jeu de l’imagination se déploie intelligemment malgré les contraintes du genre, où les personnages campés sont dotés d’une psychologie élaborée, où sous l’intrigue perce la métaphore qui met notre monde en miroir6.

La façade Ouest amène au voyage. Grâce aux illustrations de son époque, Ferdinand Cheval reproduit dans des niches un Chalet suisse, un temple Hindou, la maison blanche, la maison Carrée d’Alger, un Château au Moyen-Age. Une Mosquée ouvre sur la partie intérieure du Palais idéal, la Galerie.
Sur les colonnes de style classique, il écrit les lettres : C H E V A L, en guise de signature de son œuvre.

Au sein de l’exposition, trois tapisseries monumentales – issues de la Cité internationale de la tapisserie à Aubusson – montrent également le talent graphique de Tolkien, son amour pour la nature et le paysage7.  En effet J.R.R. Tolkien a aussi réalisé un grand nombre d’illustrations, parfois très détaillées pendant l’écriture même de son roman. Par exemple Glorund sets Forch To seek Turin, ici le dragon Glaurung traversant le Narog dans Les Enfants de Hurin, montre de nombreux détails qui lui permette par la suite de décrire avec précision les déplacements de ses personnages8.

J.R.R. Tolkien, Glorund sets Forch To seek Turin, 1927

Le dessin pour Tolkien est un travail amateur, mais qui met en exergue son besoin de représentation. Pour Joseph Ferdinand Cheval la représentation de son Palais Idéal, il la couche sur le papier, il fait un dessin préparatoire – unique document de ce genre – qu’il suivra pendant 20 ans pour réaliser la façade Est de son « palais de fées ». Pour la première fois, ce dessin, provenant de la collection du Musée de la Poste à Paris, revient à Hauterives, là où il a été conçu. Le dessin est aussi directement hérité de Gustave Doré, il utilise la mine de plomb.

Facteur Cheval, Palais idéal, dessin préparatoire, 1882

L’exposition est aussi enrichie par différentes œuvres qui viennent éclairer les deux univers, notamment des références communes comme les gravures de Gustave Doré et de Claude-Nicolas Ledoux…Dans un premier temps, certains liens sont créés entre des illustrations du Magasin Pittoresque et les illustrations de Tolkien. L’exposition met particulièrement en avant le lien avec les dessins de Gustave Doré, par exemple avec le rat et l’éléphant on ressent de manière palpable l’inspiration de Tolkien pour créer ses oliphants pendant la bataille du champ du Pelennor, et pour facteur Cheval ses éléphants sculptés au sein du Palais idéal, éléphant qu’il n’a jamais vu. Il y a aussi plusieurs dessins de Joseph Cadier, réalisés durant la construction du Palais idéal, qui démontrent cet art – commun à J.R.R. Tolkien et au Facteur Cheval – de créer des mondes, de concevoir du merveilleux.

Gustave Doré, Le rat et l’éléphant, 1867

La cerise sur le gâteau, de nombreux artistes qui au cours du 20e siècle ont été inspirés par le facteur Cheval et son palais Idéal, à ne pas manquer !

Vous avez à présent toutes les clefs pour pénétrer le monde onirique du Facteur Cheval et de J.R.R. Tolkien, du 11 juin 2021 au 3 octobre 2021.

Amaury Scharf, Le champignon d’art, Article « Facteur Cheval / J.R.R. Tolkien » – 11 juin 2021 – 3 octobre 2021.

  1. https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/ferdinand-cheval-pour-distraire-mes-pensees-je-construisais-en-reve-un-palais-feerique-depassant
  2. Ibidem
  3. https://www.facteurcheval.com/histoire/
  4. https://limpartial.fr/hauterives-lexposition-fantaisies-heroiques-sinstalle-au-palais-ideal/
  5. Cf. Maurice Godelier, L’Imaginé, l’imaginaire et le symbolique, Paris, CNS édition, 2015, p.50
  6. Cf. Jacques Baudou, La fantasy. Presses Universitaires de France, 2005, p.67
  7. https://limpartial.fr/hauterives-lexposition-fantaisies-heroiques-sinstalle-au-palais-ideal/
  8. Cf. Wayne G. Hammond et Christina Scull ed., The Art of the Lord of The rings by J.R.R Tolkien, p.19

L’ art Jômon Versus Breath of the wild

Quel est le lien entre l’art Jômon et le jeu vidéo The legend of Zelda : Breath of the wild ? Le lien entre Breath of the wild et la recherche d’artiste contemporain comme Taro Okamoto et Mariko Mori.

Images :

20th Century Boys, Naoki Urasawa, 2000 Pokémon, Satoshi Tajiri, 1996 Megami Tensei: Persona, 2009 Taro Okamoto, Black Beast, 1961 Taro Okamoto, Gladiator, 1962 Taro Okamoto, Face, 1952 Taro Okamoto, Jomon Man, 1982 Taro Okamoto, Warrior, 1970 Mariko Mori, Transcircle 1.1, 2004

Extrait:

Princesse Mononoké, Hayao Myazaki, 1997 La réalisation de The Legend of Zelda: Breath of the Wild – Le commencement (partie 1), Nintendo France https://www.youtube.com/watch?v=0HooEeIKz1E The Legend of Zelda: Breath of the Wild – Bande-annonce Nintendo Switch, Nintendo France https://www.youtube.com/watch?v=vumJiWdxQSs&t=80s The Legend of Zelda: Breath of the Wild (Opening Intro) https://www.youtube.com/watch?v=N2gKxZ4_GMM Legend of Zelda Breath of the Wild Ya Naga Shrine Shatter the Heavens Gameplay Walkthrough https://www.youtube.com/watch?v=Hi2g-1kkWqk [Switch] Guardian fight – The Legend Of Zelda : Breath Of The Wild https://www.youtube.com/watch?v=glN59YhNYeM UN CAMARADE POUR PRICOTA – QUETES – ZELDA BOTW https://www.youtube.com/watch?v=NDRUNy5qCpc The Legend of Zelda : Breath of the Wild – Sanctuaire de Shibe’Nihro https://www.youtube.com/watch?v=lr7fjHKdV_o Zelda BotW – Quête Cocorico – A la lumière des lucioles https://www.youtube.com/watch?v=C92OlOGqlxI Taro Okamoto Memorial Museum in Aoyama Tokyo https://www.youtube.com/watch?v=oo3wzz68Fk0&t=149s

Sources externes : http://www.cridutroll.fr/les-influences-du-japon-dans-zelda-botw/ https://vl-media.fr/zelda-breath-of-the-wild-vraiment-chef-doeuvre/ https://www.mic.com/articles/173083/zelda-breath-of-the-wild-jomon-history-influence-nintendo https://dailymars.net/analyse-zelda-breath-of-the-wild-12-de-la-definition-dun-open-world/ https://www.palaiszelda.com/articles/article325.php https://www.lepoint.fr/culture/japonismes-fukami-l-art-japonais-en-majeste-25-07-2018-2238933_3.php https://www.mcjp.fr/fr/agenda/jomon https://www.franceculture.fr/emissions/carbone-14-le-magazine-de-larcheologie/jomon-aux-origines-de-la-societe-japonaise https://www.connaissancedesarts.com/arts-expositions/paris/quest-ce-que-le-jomon-11109107/ https://www.vivrelejapon.com/a-savoir/histoire-du-japon/periode-jomon https://www.japantimes.co.jp/culture/2001/09/26/arts/revisiting-his-ancestors-art/#.WN_4w5ArJfh https://books.openedition.org/pupo/1993?lang=fr https://www.guggenheim.org/artwork/artist/taro-okamoto http://japansocietyny.blogspot.com/2013/10/vessel-across-time-mariko-moris-jomon.html http://zawiki.free.fr/art/marikomori.htm http://nezumi.dumousseau.free.fr/japon//japcontar8.htm https://www.guggenheim.org/artwork/artist/mariko-mori https://risingeast.co.uk/how-history-influenced-breath-of-the-wild/

Breaking bad versus Hopper

Quel est le lien entre la série Breaking Bad et l’oeuvre de l’artiste Edward Hopper ? Dans cette vidéo, nous mettons en relation deux médiums et établissons que la frontière entre les différents arts est plutôt mince.

Images : Rembrandt, La ronde de nuit, 1642 Edouard Manet, Un bar aux folies bergères, 1882 Edward Hopper, Nighthawks, 1942 Edward Hopper, House by the Railroad, 1925 Edward Hopper, Gas, 1940 Edward Hopper, Second Story Sunlight, 1960 Edward Hopper, Chambre d’hôtel, 1931 Edward Hopper, Railroad, 1927

Extrait: Breaking Bad, Vince Gilligan, AMC Edward Hopper’s Creative Process X Files : Aux frontières du réel – Générique Goodbye, Mr. Chips, Peter O’Toole ,1969 Il était une fois dans l’Ouest (1968) Sergio Leone. Alfred Hitchcock’s Tour Of The Psycho Set | Behind The Screams | Psycho (1960) End of Violence – Wim Wenders/Nighthawks – Edward Hopper Fenetre sur cour, Hitchcock Les moissons du ciel, Terrence Malick, 2010 Mulholland Drive, David Lynch, 2001 Easy Rider, Dennis Hopper, 1969 Breaking Bad Albuquerque Tour True Detective – Season 1: Trailer – Official HBO UK The Night of S01 Promo Better Call Saul | Bande-annonce VF | Netflix France

Musique: Joakim Karud, Canals

Sources externes : https://biiinge.konbini.com/series/serie-culte-breaking-bad/ https://www.beauxarts.com/grand-format/edward-hopper-en-2-minutes/ http://www.actuart.org/page-biographie-edward-hopper-le-peintre-d-une-amerique-melancoliques-8551547.html https://www.connaissancedesarts.com/arts-expositions/edward-hopper-en-5-chefs-doeuvre-11132782/ https://slate.com/culture/2016/03/breaking-bad-and-better-call-sauls-many-influences-from-the-godfather-to-edward-hoppers-nighthawks.html https://www.huffingtonpost.fr/entry/le-realisateur-del-camino-et-de-breaking-bad-a-ete-influence-par-ces-4-oeuvres_fr_5d9c4539e4b0fc935ee00674 https://www.out-the-box.fr/breaking-bad-le-processus-creatif-derriere-la-serie/

The Dark Knight Versus Bacon

Quel est le lien entre le Joker de the Dark Knight et l’oeuvre de l’artiste Francis Bacon ? Dans cette vidéo, nous mettons en relation deux médiums et établissons que la frontière entre les différents arts est plutôt mince.

Images :

Trois études pour des personnages au pied d’une crucifixion, Francis Bacon, 1944

Batman #1, Bill Finger, Bob Kane et Jerry Robinson, 1940

L’Homme qui rit, inspiré du roman de Victor Hugo, Paul Leni,1928

Trois autoportraits, Francis Bacon, 1979

Triptyque Août 1972, Francis bacon Portrait Tête VI, Francis Bacon, 1949

Trois personnages dans une pièce, Francis Bacon, 1964

Figure assise, Francis Bacon, 1961 killing Joke, Alan Moore, 1988

George Dyer dans le studio, Reece Mews, 1964

Portrait de George Dyer en train de parler, Francis Bacon, 1966

Figure With Meat, Francis Bacon, 1954

Étude du portrait du pape Innocent X d’après Vélasquez, Francis Bacon, 1953

Extrait:

Francis Bacon – Archive INA https://www.youtube.com/watch?v=mGymSr1-eYA

Francis Bacon, peintre anglais (1964) https://www.youtube.com/watch?v=h0iWdjh4Xkg

How Christopher Nolan Was Inspired by Francis Bacon https://www.youtube.com/watch?v=u1R4CFUxj9c

Memento, Christopher Nolan, 2000 https://www.youtube.com/watch?v=0vS0E9bBSL0

Insomnia, Christopher Nolan, 2002 https://www.youtube.com/watch?v=V8Vu7Zre7h8

Le prestige, Christopher Nolan, 2006 https://www.youtube.com/watch?v=2zVbrV1ehnU

Inception, Christopher Nolan, 2010 https://www.youtube.com/watch?v=YoHD9XEInc0

Interstellar, Christopher Nolan, 2014 https://www.youtube.com/watch?v=0rDczIsHJn4

Dunkirk, Christopher Nolan, 2017 https://www.youtube.com/watch?v=VQ01tJ4EWeg

Tenet, Christopher Nolan, 2020 https://www.youtube.com/watch?v=K8hmf082Z9U

Orange Mécanique, Stanley Kubrick, 1972 https://www.youtube.com/watch?v=rvdKhxRdXtM

Batman: The Animated Series, Bruce Timm, 1992 https://www.youtube.com/watch?v=xs6qp3WBnOI

Aliens, James Cameron, 1986 https://www.youtube.com/watch?v=DqA8Z5gjNWw

Batman, Tim Burton, 1989 https://www.youtube.com/watch?v=R8IEtY77tds

Batman Begins, Christopher Nolan, 2005 https://www.youtube.com/watch?v=jXrFsn9pcZY&t=6s

The Dark Knight, Christopher Nolan, 2008 https://www.youtube.com/watch?v=UMgb3hQCb08

The Dark knight Rises, Christopher Nolan, 2012 https://www.youtube.com/watch?v=GokKUqLcvD8

Heath Ledger’s Joker Diary | Too Young To Die | Broadview Pictures https://www.youtube.com/watch?v=kJMoKMieNn8

Musique:

Joakim Karud, Canals

Sources externes :

https://www.franceculture.fr/personne-francis-bacon.html https://www.franceculture.fr/peinture/francis-bacon-moi-meme-jai-tout-regarde-et-jai-tout-absorbe-je-suis-une-sorte-de-butineuse https://www.kazoart.com/blog/les-secrets-de-francis-bacon/ http://baconcronenberg.free.fr/ https://batman.fandom.com/fr/wiki/Le_Joker http://www.comicsblog.fr/18317-Chris_Nolan_parle_de_linfluence_de_Francis_Bacon_sur_The_Dark_Knight https://www.arthistoryabroad.com/2013/12/how-francis-bacon-influenced-the-dark-knight-by-aha-alum-charlie-whelton/ https://adelinearenas.wordpress.com/2014/08/02/anatomie-du-joker-dans-the-dark-knight/ https://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/-En-attendant-Tenet-The-Dark-Knight-la-performance-inegalee-dHeath-Ledger-en-Joker https://www.avoir-alire.com/the-dark-knight-le-chevalier-noir-christopher-nolan-critique https://www.ecranlarge.com/films/dossier/1186192-the-dark-knight-et-si-on-avait-tous-surestime-le-film-adore-de-christopher-nolan https://www.beauxarts.com/grand-format/francis-bacon-en-2-minutes/ https://www.herodote.net/Le_peintre_de_l_insoutenable-synthese-2610-39.php https://www.premiere.fr/Star/Christopher-Nolan

Ico Versus De Chirico

Quel est le lien entre le jeu vidéo Ico et l’oeuvre de l’artiste Gorgio de Chirico ? Dans cette vidéo, nous mettons en relation deux médiums et établissons que la frontière entre les différents arts est plutôt mince.

Images :

L’incertitude du poète, 1913, Giorgio De Chirico

Les places métaphysiques, Giorgio De Chirico

Melancholia, 1913, Giorgio De Chirico

La récompense du devin, 1913, Giorgio De Chirico

Le maschere , 1959, Giorgio De Chirico

La nostalgie de l’infini, 1913, Giorgio De Chirico

Raoul’s Tools, 1973, Philip Guston

Ariane endormie, 1664, Corneille Van Cleve

Hector et Andromaque, 1982, Andy Warhol

Italian square Ariane, 1982, Andy Warhol

Couverture Ico, 2001, Fumito Ueda

Extrait:

Game Masters, Fumito Ueda, interview https://www.youtube.com/watch?v=7Nl1oHy3zlw&t=1s Giorgio De

Chirico ( 1888-1978 ) entrevue ( 1971 ) https://www.youtube.com/watch?v=6smrTgf-ZHE&t=1s https://www.youtube.com/watch?v=e7EwehUkm0A https://www.youtube.com/watch?v=C1ET9qkNDJY

Giorgio de Chirico, Dipingue dal vivo Il sole sul cavalletto, 1973 https://www.youtube.com/watch?v=eoVdP1IhKrc&t=2s

Ico HD Walkthrough gameplay PS3 https://www.youtube.com/watch?v=ZeI9Zc71ChA&t=3313s

Le roi et l’oiseau, bande annonce https://www.youtube.com/watch?v=VeBDbAaLu1w

Michelangelo Antonioni en 5 minutes, Blow up, Arte https://www.youtube.com/watch?v=HZcgEe0_pEk&t=3s

Shadow of Colossus, ps4 trailer E3 2017 https://www.youtube.com/watch?v=pdZQ98mWeto

Last guardian, trailer ps4 https://www.youtube.com/watch?v=zXLZvsSmBIs

Musique: Joakim Karud, Canals

Sources externes :

http://www.artnet.fr/artistes/giorgio-de-chirico/

https://www.francetvinfo.fr/culture/arts-expos/peinture/giorgio-de-chirico-la-peinture-metaphysique-les-oeuvres-radicales-et-essentielles-de-l-artiste-italien-au-musee-de-l-orangerie_4126501.html

https://www.musee-orangerie.fr/fr/evenement/giorgio-de-chirico-la-peinture-metaphysique

https://www.franceculture.fr/peinture/giorgio-de-chirico-peintre-de-la-verticalite-et-de-la-metaphysique

Tutundjian / Di Fabio

Tutundjian / Di Fabio

19 Janvier 2019 – 23 Février 2019

 

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Vue de l’exposition, fondation Bullukian

La proposition de la fondation Bullukian semblait somme toute particulière, lorsque pour la première fois je pénétrai la cour intérieure, pendant la fête des Lumières de Lyon. C’est alors avec une grande curiosité que je souhaitais voir leur programmation qui sans surprise fut tout aussi intéressante que celle de novembre. La fondation nous offre un ensemble d’œuvres de Léon Tutundjian qui dialoguent avec celles d’Alberto Di Fabio[1]. Deux époques espacées de près d’un siècle et pourtant c’est toute l’évolution de l’abstraction et de la métaphysique dans l’art qui est mis à jour.

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Léon Tutundjian, LT 008-7, 1927, Encre de chine sur papier, 22 x 17,5 cm

L’œuvre de Léon Tutundjian (1905-1968) est, elle, profondément influencée par les grandes découvertes scientifiques[2]. Celui-ci a été un membre fondateur du mouvement « Art concret » (1930) qui était composé d’artistes comme Carlslund, Tutundjian, Wantz et Shwab, selon qui un élément pictural n’a d’autre signification que lui-même et la pensée n’est réalisée qu’optiquement, c’est-à-dire grâce à des éléments concrets, tels des carrés, des cercles et des couleurs.[3] Ces artistes, dont fait partie Tutundjian, recherchaient un formalisme pur[4]. La forme et la ligne, plus particulièrement pour Léon Tutundjian, sont primordiales dans la représentation.

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Léon Tutundjian, LT 008-10, 1928, Encre de chine sur papier, 20 x 14,5 cm

L’objet de représentation devient tangible par le dessin, palpable par sa transposition dans la matière. Ainsi la ligne graphique rend réel le rêve. Tutundjian n’a pas besoin d’être réaliste, la ligne, pouvant être pure, est simple[5], elle devient une sorte d’allégorie c’est-à-dire « une image-rébus, un hiéroglyphe où un sens verbal ou visuel glisse sous l’autre[6] ». Si la ligne est un signe, alors elle est signifiée. Le dessin est pour Léon Tutundjian, un moyen de se retrouver dans le primordial. Tutundjian tend vers un univers poétique, surréel. Il crée des ambiances psychiques plus ou moins douces, étranges ou agressives « la principale caractéristique de l’art de Tutundjian tout au long de sa carrière se dévoile grâce à cette technique tachiste qui sollicite activement le psychisme du spectateur, tout autant que celui de créateur[7]. »

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Léon Tutundjian, LTG 005, 1925, Gouache sur papier, 17,5 x 20 cm

Dans ses portraits et ses dessins formels, Léon Tutundjian ne nous parle pas du temps, ni présent ni passé, mais d’un monde éthéré qui est en désagrégation et en construction. Les différentes étapes sont simultanément présentées à notre regard[8].

Son œuvre tend vers le chaos tout autant que vers la création. Le dessin, lui, est en soi un signe, il a pour lui la ligne de la géométrie, la ligne de l’écriture, la ligne graphique qui est une signification purement visuelle, tout en pouvant être une signification métaphysique. La ligne du signe est, elle, absolue et est indépendante de la représentation[9]. Le signe implique une fonction « le signifiant est vide, le signe est plein[10] » il est le lien qui s’entretient entre le signifié c’est-à-dire la langue et le signifiant qui est lui le concept. La ligne qui ondule sur le papier est donc celle qui « donne la clef de tout[11] ». En effet, la ligne rend visible, mais on peut aussi laisser la ligne rêver. Certaines images sont alors épistémiques, c’est-à-dire qu’elles apportent des informations visuelles sur le monde[12]. Et l’image qui donne, elle, sur l’univers crée le maximum d’information[13].

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Léon Tutundjian, LT 028, 1927, Encre, sépia et vaporisation sur papier, 23,5 x 15,5 cm

Les sphères très présentes dans ses travaux deviennent l’élément de ses œuvres. Elles évoquent la cellule aussi bien que le monde sidéral ; autant de noyaux de vie, infiniment grands ou infiniment petits. La planète et la cellule pouvant être début ou même fin de toute chose dans ses différentes représentations picturales.

Pour l’artiste, ses œuvres ne sont pas tant des illustrations que des témoignages d’un artiste en voyage. Voyage fantasmagorique de petits mondes qui sont donnés à voir de façon simplifiée[14]. La forme participant à la simplification de la représentation. Ses œuvres sont alors des formes organiques finies, mais également en devenir[15]. Cette pensée s’inscrit dans un second mouvement de sa carrière : Abstraction-Création (1931), dont il a activement participé aux développements. Elle est une synthèse entre abstraction et surréalisme, raison et émotion, formes construites et formes organiques, donnant matière à des visions biomorphiques fascinantes[16]. Fort de cette expérience, Abstraction-Création tente, en 1931, une réunification sur une base plus large sans aller jusqu’au compromis stratégique, qui englobait le cubisme, le futurisme, le néoplasticisme, le purisme et le constructivisme. À ses yeux, le réalisme prend l’ombre de la caverne de Platon pour la réalité, tandis que le surréalisme n’exprime que l’inconscient individuel[17]. Son travail est ciblé sur l’abstraction géométrique et l’abstraction organique, l’art concret, le surréalisme et à la fin de sa vie à l’abstraction microcosmique[18].

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Léon Tutundjian, LTG 017, 1926, Gouache, encre et lavis sur papier, 25,5 x 29 cm

« L’illustration, dans son acception encyclopédique, se met au service du réel, d’une conception commune et partagée du fait et de l’événement, elle est alors un dessin qui permet de visualiser, mais aussi d’appuyer une démonstration et dont le caractère explicatif trahit parfois une obstination à vouloir se figurer l’invisible[19] », l’illustration est alors une pure matérialisation d’une réalité transformée en rêve « la peinture en devenant poétique tant à se réduire à une sorte d’écriture symbolique[20] ».

Comme celle de Léon Tutundjian, la peinture d’Alberto Di Fabio relève de l’art abstrait et de l’art gestuel tout en étant pleine de références concrètes et scientifiques, inspirées autant de l’astronomie que de la biologie, de la macro que du micro, des mondes merveilleux où neurones et photons sont autant de planètes et de galaxies.[21]

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Alberto Di Fabio, Doppia Realtà, 2013, Acrylique sur toile, 60 x  60 cm

Les peintures et les œuvres sur papier d’Alberto Di Fabio fusionnent les mondes de l’art et de la science, elles décrivent des formes naturelles et des structures biologiques[22] avec des couleurs vives et des détails imaginatifs rappelant des cellules bioluminescentes ou encore des spectres de lumière spatiale. Ceci fait lien au travail de Léon Tutundjian.

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Alberto Di Fabio, Cosma Rosa, 2011, Acrylique sur toile, 150 x 150 cm

Les peintures les plus récentes de Di Fabio portent sur la génétique et l’ADN, les récepteurs synaptiques du cerveau, propulsant ainsi son travail dans le domaine de la recherche pharmaceutique et médicale[23]. Toutefois ces formes sont aussi la vie avec l’œuvre Neuroni entre alvéoles pulmonaires et Yggdrasil arbre monde, la frontière est mince entre science et mythologie.

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Alberto Di Fabio, Neuroni, 2011, Acrylique sur toile, 150 x 150 cm

Les œuvres présentes à la fondation peuvent être vues comme autant de carnets de recherche scientifique pour chacun des deux artistes, entre science et art, entre surréalisme et abstraction. La forme sphérique alvéolaire et la ligne étant tout et rien, petite et immense, formelle et abstraite en même temps. Les espaces de la fondation rendent parfaitement compte de cette antonymie entre les œuvres des artistes et de ces deux artistes entre eux.

Vous avez à présent toutes les clefs pour pénétrer l’immensément grand et l’immensément petit du cosmos de Tutundjian et du biologique de Di Fabio, du 19 janvier 2019 au 23 février 2019.

Amaury Scharf, Le champignon d’art, Article « Tutundjian / Di Fabio » – 19 janvier 2019 – 23 février 2019.

[1]http://www.bullukian.com/bullukian_fr/retrospective_dernieres_expositions.php?an=2019&mn=2&ssmn=3 consultation 30/01/19

[2]http://galerieleminotaure.net/fr/artist/tutundjian-leon/ consultation 30/01/19

[3]G. Fabre, Abstraction Création 1931-1936, catalogue d’exposition, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, 1978 p.10

[4]Edition le Minotaure, art abstrait, géométrique, des origines aux réalités nouvelles, autour de la collection Kouro, « 12 octobre 2017 »

[5]Cf. Gilles Deleuze et Felix Guattari, Capitalisme et schizophrénie II, Milles Plateaux, Paris, Minuit, « critique », 1980, p.425

[6]Christine Buci-Glucksmann, L’œil cartographique de l’art, Paris, Galilée, 1996, p.125

[7]Gladys Fabre, Tutundjan, Editions du Regard, Paris, 1994, cités dans Marie Deniau, Léon Tutudjian, Poétique du vivant et du cosmos, Fondation Léon Tutudjian, 2017, p7

[8]Marie Deniau, Léon Tutudjian, Poétique du vivant et du cosmos, Fondation Léon Tutudjian, 2017, p7

[9]Cf. Walter Benjamin, Œuvres I, traduit de l’allemand par Maurice De Gandillac, Rainer Roshlitz et Pierre Rusch, présentation par Reiner Roshlitz, Paris, Gallimard, Folio-Essais, 2000, p.172

[10]Roland Barthes, Mythologie, Paris, Seuil, 1970, p.213

[11]Maurice Merleau-Ponty, L’œil et l’esprit, dossier et notes réalisés par Lambert Dousson, Lecture d’image par Christian Hubert- Rodier, Paris, Edition Gallimard, Collection FolioPlus Philosophie, 1964 pour le texte, 2006 pour la lecture d’image et le dossier, p.50

[12]Cf. Jacques Aumont, L’image, Paris, Armand Colin, 2008, p.57

[13]Ibidem p.159

[14]Marie Deniau, Léon Tutundjian, Poétique du vivant et du cosmos, Fondation Léon Tutundjian, 2017, p.9

[15]Ibidem, p.20

[16]http://www.bullukian.com/bullukian_fr/retrospective_dernieres_expositions.php?an=2019&mn=2&ssmn=3 consultation 30/01/19

[17] Art concret, Abstraction-Création, texte de Gladys Fabre, extrait de la monographie Tutundjian, Editions du Regard, Paris, 1994

[18] http://galerieleminotaure.net/fr/artist/tutundjian-leon/ consultation 30/01/19

[19]« Le miroir et l’encyclopédie, variation Borgesienne à partir de la collection du FRAC Ile de France », catalogue d’exposition UFR 4- Arts Plastiques et science de l’Art, Université Paris 1- Panthéon Sorbonne, Galerie Michel Journiac, 2015, p.8

[20]Philostrate, La galerie de tableau, traduit par Auguste Bougot, préface de Pierre Hadot, Paris, Les belles lettres, 1991, p.18

[21] http://www.bullukian.com/bullukian_fr/retrospective_dernieres_expositions.php?an=2019&mn=2&ssmn=3 consultation 30/01/19

[22] https://gagosian.com/artists/alberto-di-fabio/ consultation 30/01/19

[23]Ibidem

 

Lignes d’horizons

Hugo Pratt

07 Avril 2018 – 24 Mars 2019

Corto Maltese est un Ulysse moderne, il est capable de nous faire voyager dans les endroits du monde les plus fascinants[1]. L’exposition proposée par le musée des Confluences de Lyon n’a pas à rougir du personnage créer par Hugo Pratt (1927-1995). L’auteur est mis à l’honneur dans cette rétrospective réalisée avec grand soin. Pour aborder cette exposition, il faudra s’attarder sur la scénographie particulière proposée qui met en exergue les influences et inspirations de l’auteur, sa vie et ses voyages. Nous terminerons sur la particularité de la narration d’Hugo Pratt dans Corto Maltese.

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Vue de l’exposition, Lignes d’horizons, Musée des Confluences

L’accrochage

Le musée des Confluences à Lyon propose de confronter l’œuvre graphique d’Hugo Pratt avec les objets ethnographiques tirés de ses collections[2]. Cet accrochage place le travail de l’auteur au cœur de ses références littéraires et ethnographiques comme aucune autre exposition de l’auteur.

On peut alors se rendre compte que le travail d’Hugo Pratt n’est pas seulement un travail de fiction, mais une volonté première pour lui de transmettre ses connaissances à travers des ouvrages riches en images où l’image raconte.

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Reproduction planche, Hugo Pratt et Coiffe, 10e siècle, Amérique du Nord, régions des plaines.

On circule alors au cœur des différentes planches de l’auteur reproduites à des échelles monumentales, où se mêlent documents historiques et dessins, où la limite entre la fiction et la réalité disparait dans une scénographie qui fait preuve à de nombreuses reprises de véritable fulgurance. Nous pouvons aussi observer le musée des Confluences mettre en exergue le mythe Corto Maltese, par le développement géographique dans l’espace scénographique, des animations numériques qui connectent les différents personnages de l’univers de l’auteur, un espace qui fait littéralement vivre les planches de la bande dessinée, ou encore les murs qui closent l’espace d’exposition recouverts de tous les personnages crées par l’auteur.

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Tables des vents, Lignes d’horizons, Musée des Confluences

Nous sommes alors au cœur d’un accrochage en constellation. Il faut donc un langage propre pour les déchiffrer. Ainsi les espaces proposent accumulations et fragmentations, qu’ils soient réels ou imaginaires se sont des « espaces charges[3] », c’est-à-dire qu’ils peuvent s’ouvrir ou se fermer sur l’extérieur. Il peut donc y avoir un voyage intérieur ou extérieur.

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Lasso à boules, fin du 19e siècle, Amérique, Argentine, population charruas.

L’espace est donc un média dynamique au sein duquel surgit la narrativité[4], la narrativité se combine au monde associatif comme un agglomérat encyclopédique, qui peut se configurer de façon non linéaire et proliférer de manière ouverte selon de multiples variantes, sans pour autant provoquer une dislocation du monde fictionnel ou une désorientation cognitive. L’objectif étant de « construire ensemble une forme inédite de fiction[5]. » Par contre le mélange entre le lasso à boules et son ombre projetée sur le sol crée cette dislocation entre le réel et la bande dessinée.

Les influences littéraires

L’espace d’exposition nous connecte directement aux différentes influences d’Hugo Pratt, les bandes dessinées de Milton Caniff, notamment pour ses découpages, ses images, le rythme de ses scénarios, le graphisme et la narration de celui-ci qui l’ont profondément marqué. Hugo Pratt appréciait aussi les écrivains « aventuriers » mettant en scène leur vie et leur œuvre au service d’une cause, d’une gloire ou d’une passion[6] comme L’Ile au trésor de Robert Louis Stevenson ou les romans de Jack London[7].

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Hugo Pratt, Robert louis Stevenson à Vailima, Apia – J’avais un rendez-vous, 1994, Aquarelle.

Hugo Pratt accumule alors un nombre incroyable de littératures et ne perd pas une occasion de placer un livre dans les mains du personnage de Corto Maltese. « Dans la littérature (…), ce qui me touche le plus, c’est la poésie, parce qu’elle est synthétique et qu’elle procède par images. Et comme la poésie, la bande dessinée est un monde d’images. Vous êtes obligé en permanence de conjuguer deux codes et par conséquent deux mondes. Un univers immédiat par l’image et un monde transmis par la parole[8]. » Le dessin devient une forme de narration où c’est par le renvoi d’une image à l’autre que la représentation de son univers se donne à voir. Les dessins de ses décors et de ses intérieurs s’inspirent de ses découvertes et de ses voyages. L’histoire émerge de ses conversations et de ses découvertes. En témoigne la récupération des sculptures précolombiennes de tête de champignon qui apparaissent dans l’album Mû.

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Sculpture en forme de champignon, 600 – 100 av. J.-C. Amérique précolombienne, Guatemala, vallée de Las Vacas, Pierre volcanique.

Alors la littérature n’est pas la seule inspiration de l’auteur, sa propre expérience n’est pas étrangère. Dans nombre d’entretiens, il insiste sur le fait que son expérience biographique, tout particulièrement celle qui couvre son enfance, sert de socle fondateur à son processus créatif. Il écrit dans le désir d’être inutile : « Je suis le témoin d’une époque révolue, qui raconte des histoires en les peuplant de ses expériences, de ses souvenirs, des fables qu’on lui a transmises dans son enfance [9]. »

À ce titre, il se sent proche de l’écrivain argentin José Luis Borges qui imagine l’exploration même de l’imagination, dans le chapitre Tlön Uqbar Orbis Tertius, le narrateur découvre plusieurs éléments d’un univers inconnu, mais il omet et défigure certains faits, créé de nombreuses contradictions. Les faits se déroulant dans cet univers sont tous symboliques, mythologiques et peuvent par conséquent s’ancrer dans un rapprochement direct avec notre réalité[10]. Le narrateur chez Jorge Luis Borges voit chez les créateurs de ces mondes des « Leibniz[11] infini travaillant dans les ténèbres et dans la modestie[12]. »

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Hugo Pratt, Mû, La cité perdue.

Ainsi les histoires se répondent et se recoupent dans une intertextualité qui se retrouvait déjà entre Ulysse et Homère[13]. Hugo Pratt partage ce refus d’un certain réalisme, le goût pour l’identification du rêve et de la réalité, et partant pour celui de la mystification[14] ou de l’imposture dans une ironie qui n’épargne aucun point de son œuvre.

Le voyage

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Carte de navigation, Seconde moitié du 20e siècle, Océanie, îles Marshall.

L’idée du voyage et ses expériences exploratrices ne sont pas étrangères à l’exposition qui par la présence même d’une carte de navigation du 20e siècle rappelle la première apparition du personnage de Corto Maltese dans les eaux océaniennes. La carte figure le personnage de Corto Maltese comme une invitation aux voyages, fascinant nombre d’explorateurs.

A l’image de son personnage fétiche, Hugo Pratt a beaucoup voyagé dans sa vie. Pourquoi le voyage ? Pourquoi cette irrépressible envie de parcourir le monde ? Rencontres, paysages, cultures, autant d’objets de curiosité qui pousse l’auteur à rechercher cette connaissance, cette compréhension que l’on peut avoir de l’Homme et de sa propre condition. Le voyage est souvent motivé par le désir et/ou la contrainte. Le désir étant ce qui en son « moi » nous incite à rechercher une source de plaisir. Comment travailler en communion avec son environnement puis comment exploiter la multiplicité et la diversité qu’offre un territoire ? Le voyage devient une constante nécessaire à la création et cette pratique sera de plus en plus démocratisée au fil du temps. Les artistes eux-mêmes commenceront dès la fin du 18e siècle à expérimenter l’environnement extérieur.

Le voyage instigue un imaginaire qui instigue lui-même le voyage. « L’imagination, la rêverie sont à la base de la découverte[15]. »

L’œuvre de Hugo Pratt, elle, n’est pas tant un ouvrage scientifique qui nous est donné à lire, mais un outil de compréhension sur la subjectivité des images que l’on a sur notre territoire et dans notre mémoire. L’imagination et la réalité se mêlent pour créer la fiction. Car, c’est bien dans l’univers imaginaire que le travail de Hugo Pratt puise son inspiration.

Le personnage de Corto Maltese personnifie son créateur, ainsi que la tentation permanente du voyage qui l’animait. Comme Corto, Pratt ignorait les frontières et les obscurantismes. Il se passionnait pour les cultures du monde sans souci de distinction ni de hiérarchie[16]. « Tous les grands conteurs », a écrit Walter Benjamin, « ont en commun l’aisance avec laquelle ils montent et descendent les échelons de leur expérience, comme ceux d’une échelle[17]. »

Littérature dessinée

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Copie du codex Zouche-Nuttall mixtéque, 19e siècle, Amérique, Mexique, Cartonnage, encres.

Hugo Pratt aime se présenter comme un « auteur de littérature dessinée », qu’il a contribué à créer au milieu de sa carrière et des années 1960[18]. Puisque la bande dessinée peut créer autant d’univers capables de façonner notre imaginaire collectif tout en influençant la mode, le design ou encore les médias. Ces images d’univers incroyable empreintes d’ailleurs d’une forte narrativité sont généralement des œuvres à portée internationale qui transcendent les cultures et leurs esthétiques ayant en leurs seins le dessin comme genèse[19].

Chez Hugo Pratt, l’illustration est narrative, elle contient et condense une série d’événements qui se restitue à travers la contemplation et le regard du spectateur/lecteur[20].

En ce sens, « les dessins, sans ce texte, n’auraient qu’une signification obscure ; le texte, sans les dessins, ne signifierait rien. Le tout ensemble, forme une sorte de roman d’autant plus orignal, qu’il ne ressemble pas mieux à un roman qu’à autre chose[21]. » Le sens du récit en image fonctionne dans son interaction texte-dessin. On peut alors parler de littérature dessinée. Le codex Zouche-Nuttall rappelle cette construction littéraire, le spectateur/lecteur est donc actif comme interprète. La médiation hypermédiatique module alors une histoire plutôt que de la raconter[22]. « La multiplicité exige une porte d’entrée[23]. »

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Hugo Pratt, Corto Maltese – Concerto en O’mineur pour harpe et nitroglycérine, 1972, encre de chine.

Hugo Pratt a par-dessus tout le plaisir de tracer une ligne, un point, une bulle qui, peu à peu, forment un personnage à son image[24], car tous les personnages de Corto Maltese sont en partie des Hugo Pratt, des invitations aux voyages, des lignes, des lignes d’horizons.

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Vous avez à présent toutes les clefs pour pénétrer l’univers du Vénitien le plus populaire du monde des littératures dessinées, du 07 avril 2018 au 24 mars 2019.

Amaury Scharf, Le champignon d’art, Article « Lignes d’horizons » Hugo Pratt – 07 avril 2018 – 24 mars 2019.

[1]Cf. https://cortomaltese.com/fr/

[2]Cf. RFI, Hugo Pratt, Inspirations musée des confluences, Lyon, http://www.rfi.fr/culture/20180628-hugo-pratt-inspirations-musee-confluences-lyon-corto-maltese, consultation 17/01/19

[3]Christophe Boulanger, Savine Faupin, François Piron, « Habiter poétiquement le monde » catalogue d’exposition, Lille métropole, Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut, exposition présentée du 25 septembre 2010 au 30 janvier 2011, p.10.

[4]Cf. Renée Bourassa, Les fictions hypermédiatiques, Mondes fictionnels et espaces ludiques, des arts de mémoire au cyberespace, Montréal, Le Quartanier, Erres-Essais, 2010, p.295

[5]Renée Bourassa, Les fictions hypermédiatiques, Mondes fictionnels et espaces ludiques, des arts de mémoire au cyberespace, op.cit., p.286

[6]Cf. Une balade littéraire dans l’univers d’Hugo Pratt, http://www.linflux.com/litterature/bd-manga-comic/une-balade-litteraire-dans-lunivers-dhugo-pratt/, consultation 17/01/19

[7]Cf. RFI, Hugo Pratt, Inspirations musée des confluences, Lyon, op. cit.

[8]Hugo Pratt, BD Angouleme, « Rencontres et passages » http://www.bdangouleme.com/845,hugo-pratt-rencontres-et-passages, consultation 17/01/19

[9]in Hugo Pratt, Périples imaginaires. Aquarelles : 1965-1995, sous la direction de Patrizia Zanotti et Thierry Thomas, Casterman, 2005, p. 10-11, et Le désir d’être inutile, Paris, Robert Laffont, 1991p.173, Cité dans Jean-Marc Rivière, « La déshistoricisation de l’enfance dans l’œuvre graphique

d’Hugo Pratt », Italies [En ligne], 21 | 2017, mis en ligne le 19 janvier 2018, consulté le 17 janvier 2019. URL : http://journals.openedition.org/italies/5929 ; DOI : 10.4000/italies.5929

[10]Cf. Jorge Luis Borges, Fiction, Traduit de l’espagnol par P.Verdevoye Ibarra et Roger Cailloies, Paris, Gallimard, 1957 et 1965, p11

[11]Métaphore pour génie universel réf à Leibniz philosophe allemand

[12]Jorge Luis Borges, Fiction, op.cit., p17

[13]Cf. Art. « Les deux rois et les deux labyrinthes J.L Borges, J Joyce et l’idée d’efficacité romanesque », Message Vincent, Edition Armand Colin | Littérature 2009/1 – n° 153 pp.03-18

[14]Cf. Une balade littéraire dans l’univers d’Hugo Pratt, op.cit.

[15]Natacha Babouléne-Miellou, Le créateur et sa créature, Le mythe de Pygmalion et ses métamorphoses dans les arts occidentaux, Toulouse, Presse universitaire du Midi, Collection le temps du Genre, 2016, p.44, qui cite elle-même Noiray, 1999, p.63-65

[16]Hugo Pratt, BD Angouleme, « Rencontres et passages », op. cit.

[17]Walter Benjamin, Le Conteur. Réflexions sur l’œuvre de Nicolas Leskov, in Œuvres III, Paris, Gallimard, 2000, p. 140. Cité dans Jean-Marc Rivière, « La déshistoricisation de l’enfance dans l’œuvre graphique

d’Hugo Pratt », Italies [En ligne], 21 | 2017, mis en ligne le 19 janvier 2018, consulté le 17 janvier 2019. URL : http://journals.openedition.org/italies/5929 ; DOI : 10.4000/italies.5929

[18]Cf. Une balade littéraire dans l’univers d’Hugo Pratt, op.cit.

[19]Cf. Jean Samuel Kriegk et Jean-Jacques Launier, Art ludique, Edition Sonatine, Paris, 2011, p.5

[20]Cf. Harry Morgan, Principes des littératures dessinées, 2003, Paris, éditions de l’an 2 p.41

[21]Töpffer, notice sur L’histoire de Mr. Jabot, dans Thierry Groenstenn et Benoit Peeters, L’invention de la bande dessinée, Hermann, 1994, p 82 cité dans Harry Morgan, Principes des littératures dessinées, 2003, Paris, éditions de l’an 2 p.161

[22]Cf. Renée Bourassa, Les fictions hypermédiatiques, Mondes fictionnels et espaces ludiques, des arts de mémoire au cyberespace, op.cit., p.144

[23]Cf. Ruffel Lionel, Brouhaha, les mondes du contemporain, édition Verdier, La grasse, 2016, p.30

[24]Cf. A VENISE Patrick Erouart-Siad Editions Hazan | « Lignes » 1988/2 n° 3 | pages 187 à 194 ISSN 0988-5226 ISBN 9782906284968 Article disponible en ligne à l’adresse https://www.cairn.info/revue-lignes0-1988-2-page-187.htm, Distribution électronique Cairn.info pour Editions Hazan.

Autour du Bestiaire

Éric Lacombe – Laurent Martinez – Catherine Mainguy

15 Novembre 2018 – 28 Janvier 2019

 

« Autour du bestiaire » à la galerie Catherine Mainguy, sont réunis pour une exposition commune, trois artistes, Éric Lacombe, Laurent Martinez et Catherine Mainguy dans un univers intimiste. Ils nous invitent à observer leurs chimères, animaux totems et imaginaires, aux caractéristiques mi-animales mi-humaines qui ne sont pas sans faire échos à notre propre situation, à notre part bestiale, notre âme[1].

Vue de l’exposition à la Galerie Catherine Mainguy,
Au premier plan, Cassiopée, Laurent Martinez, 76 x 60 x 30 cm, 2018, Acier doux.

Au détour d’une promenade dans les descentes de la croix rousse, une galerie à l’allure de cabinet de curiosité attire la mienne en son sein. Dans la pénombre et l’obscurité, des œuvres tout aussi curieuses et esthétiques se montrent comme dans une chambre noire dans laquelle le visiteur entre en toute intimité. Dans la galerie, notre expérience reste personnelle et l’on crée notre propre mythologie, d’autant plus que les différentes productions se renvoient les unes aux autres dans une logique presque narrative laissée à l’interprétation de chacun. Dans l’obscurité du bois, monstres et légendes peuvent surgir.

M05, Éric Lacombe, 56 x 42 cm, 2018, Encre sur papier.

Les œuvres d’Éric Lacombe donnent à voir un univers fantasmagorique où son bestiaire tend vers une profonde mélancolie. Le trait de sa ligne évoque la chair et l’âme animales. Sa ligne panse les blessures, animales, mais aussi humaines[2].

Vue de l’exposition à la Galerie Catherine Mainguy,
De gauche à droite, M10, Éric Lacombe, 16 x 18 cm, 2018, Encre sur papier.
Anima 18, Catherine Mainguy, 20 x 30 cm, 2018, Dessin sur photographie, Tirage fine art unique.
M09, Éric Lacombe, 16 x 18 cm, 2018, Encre sur papier.
M08, Éric Lacombe, 16 x 18 cm, 2018, Encre sur papier.
Anima 19, Catherine Mainguy, 20 x 30 cm, 2018, Dessin sur photographie, Tirage fine art unique.

Le fantasme et la rêverie d’Éric Lacombe se retrouvent en grande partie dans les fantasmes d’êtres hybrides, mi-hommes, mi-bêtes qui rappellent de très près les figures de la mythologie ou les dieux des religions polythéistes. Mais ici nous sommes près du cauchemar qui est un exutoire aux angoisses humaines, où l’angoisse de mort prend une bonne place. Les œuvres d’Éric Lacombe se caractérisent par une juxtaposition d’éléments figuratifs et de coups de pinceau expressionnistes. Lacombe déconstruit minutieusement les sujets de ses compositions pour mettre en valeur leurs qualités tridimensionnelles et invite les spectateurs à proposer leur propre interprétation de l’œuvre[3].

Abysses, Laurent Martinez, 67 x 54 x 25 cm, 2018, Acier doux

Laurent Martinez utilise, lui, le métal, viscéralement et dans une grande intimité. Ses créatures au sein de l’exposition prennent la forme de différents animaux qui viennent symboliser les différentes composantes émotionnelles du cycle de vie et de mort.  « En travaillant l’acier d’une manière plus brute, certaines émotions en sont ressorties ; elles m’ont conduit à construire pour déconstruire la matière. Je me suis ainsi rendu compte que l’agglomération et l’effondrement sur des parties précises de mes sculptures apportaient un aspect organique et une poésie nécessaire à la vie de mes créatures chimériques[4]. » Dans cet ensemble d’œuvres, on explore la lisière entre le réel et l’imaginaire, à travers la fantasmagorie et par conséquent nos identités corporelles et spirituelles[5].

Vue de l’exposition à la Galerie Catherine Mainguy

Toutes ces créatures semblent à première vue issues d’un autre monde, issues de l’imagination.  Toutefois, l’imitation joue un rôle important, l’imagination, ici, fait figure de métaphore créant des hybrides entre l’humain et l’animal ; des chimères. Les chimères et hybrides apparaîtraient régulièrement à des moments de transformations profondes des sociétés humaines[6].

De gauche à droite : Anima 13, Catherine Mainguy, 20 x 30 cm, 2018, Dessin sur photographie, Tirage fine art unique.
Anima 17, Catherine Mainguy, 20 x 30 cm, 2018, Dessin sur photographie, Tirage fine art unique.
Anima 11, Catherine Mainguy, 20 x 30 cm, 2018, Dessin sur photographie, Tirage fine art unique.
Anima 2, Catherine Mainguy, 30 x 45 cm, 2018, Dessin sur photographie, Tirage fine art unique.

Catherine Mainguy figure cette transformation en mêlant la photographie et le dessin au cœur d’une représentation de l’homme animal hybride, qui fait corps avec son âme animale « Anima » venant du latin signifiant « âme ». Le corps photographié se trouve en tentions avec la partie dessinée bestiale qui prend peu à peu possession de l’image. Ses hybrides ont un sens qui reste secret. L’hybridation est, elle, au cœur du vivant, et la chimère définit pour une grande part notre expérience d’être humain avançant comme sur un fil entre la conscience et l’inconscience[7].

Vue de l’exposition à la Galerie Catherine Mainguy,
Au premier plan, Pandémie, Laurent Martinez, 67 x 54 x 25 cm, 2018, Acier doux.

Vous avez à présent toutes les clefs en main et plus que quelques jours pour intimement pénétrer ce royaume bestiaire à la galerie Catherine Mainguy, du 15 novembre 2018 au 28 janvier 2019.

Amaury Scharf, Le champignon d’art, Article « Autour du Bestiaire » Éric Lacombe – Laurent Martinez – Catherine Mainguy – 15 novembre 2018 – 28 janvier 2019.


[1] Cf. communiqué de presse, Galerie Catherine Mainguy, http://www.catherine-mainguy.fr/galerie-cmainguy/autour-du-bestiaire/, consulté le 09/01/19

[2] Cf. Galerie Catherine Mainguy, http://www.catherine-mainguy.fr/galerie-cmainguy/eric-lacombe/, consulté le 09/01/19

[3] Cf. Site de l’artiste, http://www.ericlacombe.com/about/, consulté le 09/01/19

[4] Site de l’artiste, http://experimental-light.nuxit.net/, consulté le 09/01/19

[5] Cf. Hybrides et chimères, Paris-art.com, http://www.paris-art.com/hybrides-et-chimeres/, consulté le 09/01/19

[6] Ibidem

[7] Cf. Préf. de Catherine Guien, Olivier Michelon. Textes de Valérie Aébi-Sarrazy, Jean-Louis Augé, Hybrides et chimères : la conquête d’un rêve éveillé, ISBN : 9782914397063.