Baharestan Carpet

Tere Recarens

28.04.18 – 09.06.18

 

L’exposition de Tere Recarens, Barestan Carpet à la galerie Anne Barrault, nous fait voyager, à la fois dans l’Iran et sa culture mais aussi à la découverte de récits et d’histoires mythologiques et historiques hors du commun. Voyons ensemble ce que nous propose Tere Recarens qui à travers toutes ces notions nous parle principalement d’expérience.

Le voyage et l’œuvre

Les œuvres de Tere Recarens (née en 1967 à Arbúcies, Catalunya) sont liées aux déplacements et aux turbulences.  C’est notamment ce qui implique le voyage qui motive la création de ses œuvres. Le voyage est souvent motivé par le désir et/ou la contrainte. Le désir étant ce qui en son « moi » nous incite à rechercher une source de plaisir. Comment travailler en communion avec son environnement puis comment exploiter la multiplicité et la diversité qu’offre un territoire. Dans cette perspective, la rencontre avec l’autre s’avère cruciale, elle peut ouvrir sur l’apprentissage de nouveaux savoirs, déclencher un projet, une recherche.  Car la rencontre et l’aventure sont intrinsèquement liées au corps, cette donnée instaure immédiatement un nouveau rapport au temps. L’œuvre s’accomplissant dans le déplacement, la durée devient un facteur important dans ses productions plastiques. Le temps de déplacement du corps devient œuvre alors que la performance se déroule, cette variante fait apparaître une instabilité qui va interférer et créer dans un mouvement l’œuvre elle-même. Paul Ardenne nous dit alors « l’œuvre comme objet fini s’efface devant l’œuvre en cours [1]» ainsi c’est effectivement la durée de l’œuvre qui fait œuvre, plus encore que l’aboutissement plastique de celle-ci.

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Tere Recarens, Détail Baharestan Carpet, 2017 – 2018, carton, gomme arabique, pigments, encre invisible, 720 cm x 440 cm

Le voyage se fait aussi dans l’espoir de trouver quelque chose de nouveau, de trouver quelque chose qui n’a jamais attiré l’attention, jamais attiré le regard et donc être le premier à magnifier cet événement. Ceci est même devenu un motif exploité dans la littérature de voyage.  « Je plane sur des cités nouvelles ! Je vole avec la rapidité de l’ouragan, tantôt au plus haut désert, tantôt à cent pieds du sol, et la carte africaine se déroule sous mes yeux dans le grand atlas du monde[2] ! » s’exclame l’explorateur Fergusson dans le roman de Jules Verne (1828-1905), Cinq semaines en ballon (1863).

Le voyage instigue un imaginaire qui instigue lui-même le voyage. « L’imagination, la rêverie sont à la base de la découverte[3] ».

Tere Recarens a alors séjourné et travaillé dans différents pays, toujours dans l’objectif de compléter sa recherche. La recherche étant le point le plus important du travail de l’artiste. Pour son exposition à la galerie Anne Barrault, elle choisit de montrer au public deux œuvres qui sont le fruit de plusieurs séjours en Iran, de son étude de l’histoire et de la culture de ce pays.

Moi je m’envole comme les oiseaux, il y en a à ma fenêtre, puis quatre heures plus tard ils s’envolent et moi je pars faire connaissance de la ville [envoyé depuis Tehrãn, février 2018]

 

Le récit d’une culture

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Tere Recarens, Détail Baharestan Carpet, 2017 – 2018, carton, gomme arabique, pigments, encre invisible, 720 cm x 440 cm

Baharestan Carpet est un tapis en carton. « Baharestan », peut se traduire par « lieu du printemps », est aussi le nom le plus communément usité à Téhéran pour désigner le tapis légendaire qui ornait le palais de Ctésiphon[4] d’une superficie de près de 400 m², couvrant le sol de la grande salle du palais d’Ardeshir Ier, empereur sassanide, à Ctésiphon (Mésopotamie)[5]. C’est Le Tapis d’hiver ou Le Printemps de Khosro[6]. L’artiste s’intéresse depuis toujours à ce moment de l’histoire : l’art perse avant la conquête arabe. Il était si beau que les Arabes craignaient de tomber amoureux de la culture perse et
puis il était très lourd. Donc ils l’ont coupé en plusieurs morceaux et distribué comme butin[7]. Cette découpe du Tapis se retrouve dans la galerie disséminée dans deux espaces distincts. Le tapis étant plus grand que l’espace, la découpe qui a été procédée spécialement pour ce lieu renvoie alors directement à la découpe du tapis originale.

Son dessin représente un jardin divisé en quatre parties autour de quatre thèmes : la littérature persane, la mythologie, l’histoire politique de l’Iran et la place des femmes. L’iconographie et le style empruntent à différentes sources visuelles[8].
Elle récupère l’héritage de l’encre de chine et de la calligraphie sans pour autant s’y enfermer, pouvant s’inspirer de peintures telle que celle de Caspar David Friedrich (1774-1840) avec Le Voyageur contemplant une mer de nuages (1817), qui considérait que « l’art s’interpose comme un médiateur entre la nature et l’homme ». Le dessin à l’encre de chine instaure une sacralité par son tracé, une proximité avec les anciennes gravures mythologiques. Puisque le trait à l’encre de chine est à la fois un rythme et un volume.

La transcription d’un poème « spontané » de Josep Pedrals file sur le pourtour du tapis. Ce poème a été imaginé à partir de mots recueillis auprès d’intellectuels catalans.

« C’est un matériau pas cher et on marche dessus avec la même attention qu’un vrai tapis. Quand il commencera à être usé, j’aimerais l’accrocher au mur[9] ».

Quand on rentre dans la galerie on est tout de suite invité, au choix, à enlever ses chaussures et a marché sur le tapis, un rituel présent avec les tapis persans.

La place des femmes

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Tere Recarens, Détail Baharestan Carpet, 2017 – 2018, carton, gomme arabique, pigments, encre invisible, 720 cm x 440 cm

Sur un des morceaux de Baharestan Carpet on trouve des singes qui prennent part à une scène d’agression entre des femmes. Pour l’artiste ce morceau figure le combat des femmes pour leur liberté mais aussi contre leur propre identité. Depuis longtemps, les femmes se battent pour leur liberté, mais d’autres femmes se battent contre elles. Les singes représentent, eux, la part irrationnelle en chacun de nous[10].

 

L’histoire politique de l’Iran

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Tere Recarens, Détail Baharestan Carpet, 2017 – 2018, carton, gomme arabique, pigments, encre invisible, 720 cm x 440 cm

À côté de la scène d’agression, Mohammad Mossadegh est dessiné et la phrase : « IF I SEAT
SILENTLY, I HAVE SINNED » [Si je m’assoie silencieusement, je commets un péché] est ajoutée à la représentation.

Ce sont les mots qu’il a déclaré lors la nationalisation du pétrole iranien en 1951 et a été
renversé par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne en 1953[11]. Les idées de Mossadegh sont toujours en vigueur. Il y a un proverbe iranien qui décrit la situation du pays : « A potter man drinks water from a broken jar » [Le potier boit l’eau dans une jarre cassée].

La mythologie

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Tere Recarens, Détail Baharestan Carpet, 2017 – 2018, carton, gomme arabique, pigments, encre invisible, 720 cm x 440 cm

Sur une des parties figure un oiseau mythique : la Sîmorgh. Cet antique symbole se déploie dans Le cantique des oiseaux, épopée spirituelle de 4724 distiques du poète Farid od-dîn ‘Attâr (1158-1221). Son nom d’auteur signifie parfumeur, apothicaire, il est celui qui « soigne les âmes en les guidant par la parole et le récit[12] ». Dans la littérature persane et dans les diverses œuvres artistiques où il apparaît, il a souvent pris la forme d’une créature ailée ressemblant à un paon pourvu de longues griffes et à la tête tantôt humaine, tantôt animale. Il serait une sorte de mammifère femelle, étant donné qu’il est parfois mentionné qu’il allaite ses petits. Ses plumes sont de couleurs cuivre ou pourpres. Il fait preuve d’une hostilité déclarée envers les serpents, et habite généralement dans un endroit aquatique[13]. « Sîmorgh prend son essor tout en restant immobile ; elle vole sans franchir de distance ; elle s’approche et pourtant n’a parcouru aucun lieu. Sache que toutes les couleurs dérivent de la Sîmorgh, mais qu’elle-même n’a aucune couleur. Son nid est en Orient, mais sa place en Occident ne reste pas vacante. Tous sont préoccupés d’elle, mais elle est vide de tous. Toutes les connaissances dérivent de l’incantation de cette Sîmorgh[14]. » Le Sîmorgh est donc le guide de l’âme, la protégeant dans ce monde tout en visant à lui faire reprendre conscience de son existence céleste antérieure et à l’initier aux hautes connaissances spirituelles. Il permet de remettre en scène un thème cher à la littérature mystique, celui de l’exil de l’âme en ce monde matériel et de sa « remontée » aux mondes spirituels supérieurs, lui permettant simultanément de découvrir le sens vrai de son être[15].

Le récit vital

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Tere Recarens, Spark, 2015 – 2017, ensemble de 8 sérigraphies, 297 cm x 420 cm

Sur l’un des murs de la galerie est accroché SPARK – étincelle, un ensemble de huit impressions sur papier, une étude du boteh jegheh, dit aussi motif cachemire ou paisley. Spark conjugue trois procédés d’impression qui se sont succédé dans la durée. Le fil de huit impressions sérigraphiées. Des phrases imprimées en lithographie. Cette longue maturation dans l’élaboration de l’œuvre résulte d’une quête de l’histoire de ce motif ; le boteh jegheh est riche de significations politiques, religieuses et spirituelles[16]. Il semblerait qu’en Inde, ce motif constituait un charme de protection pour conjurer les démons du mal. On considérait les amandes comme sacrées et elles sont devenues des formes décoratives. Sur les vêtements royaux et des hauts dignitaires, le nom de la personne figurait à l’intérieur d’une forme
amande. On voit cette même forme cheminer d’une sérigraphie à l’autre[17].  Ainsi, les motifs sérigraphiés dans leur pure simplicité s’enrichissent d’un nouveau sens à chaque étape du récit. Elle représente la recherche, le cheminement. Elle répertorie ses connaissances et son savoir tel un anthropologue s’efforçant alors de porter un regard sur l’autre. Selon Ferdinand de Saussure (1857-1913) c’est la langue elle-même qui communique[18]. Car ce qu’elle recherche c’est surtout un langage pour exprimer les catégories et les hiérarchies structurant notre compréhension du monde. D’une interpénétration entre le vécu, l’expérience, l’imaginaire et le fictionnel. A travers les médiums plastiques, Tere Recarens met en avant la quête du spectateur à la recherche de vérité, de compréhension. Pour l’artiste elle est :

« Une étincelle : comme une vie[19]. »

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Vous avez à présent toutes les clefs en main et très peu de temps, pour aller explorer cette expérience plastique de L’Iran à la galerie Anne Barrault, du 28 avril au 9 juin 2018.

Amaury Scharf, Le champignon d’art, Article « Baharestan Carpet » Tere Recarens – 28 avril – 9 juin 2018.

[1] Cit. Paul Ardenne, Un art contextuel, création artistique en milieu urbain, en situation, d’intervention, de participation, Paris, Flammarion, Champs-art, 2002

[2] Cit. JulesVerne, Cinq Semaines en Ballons, Voyage de découverte en Afrique par trois anglais, Bibliothèque d’éducation et de récréation, éditeur J. Hetzel, 1867, Edition Elcy, 2015

[3] Cit. Natacha Babouléne-Miellou, Le créateur et sa créature, Le mythe de Pygmalion et ses métamorphoses dans les arts occidentaux, Toulouse, Presse universitaire du Midi, Collection le temps du Genre, 2016, p.44, qui cite elle-même Noiray, 1999, p.63-65

[4] Communiqué de presse, Galerie Anne Barrault, Tere Recarens, Baharestan Carpet

[5] Babak Ershadi la revue de téhéran « Le tapis persan et le kilim d’Orient » N° 66, mai 2011

[6] Du nom du souverain Khosro 1er (531-579).

[7] Conversation avec Tere Recarens, Frédéric Oyharçaba

[8] Communiqué de presse, Galerie Anne Barrault, Tere Recarens, Baharestan Carpet

[9] Conversation avec Tere Recarens, Frédéric Oyharçaba

[10] Ibidem

[11] Homme d’état, Mohammad Mossadegh (1882-1967) œuvra après la Seconde guerre mondiale pour la démocratie, l’indépendance politique et économique de l’Iran. Mossadegh incarne le refus de l’ingérence étrangère et la résistance aux puissances coloniales.

[12] Leili Anvar, « L’envol », in Farid od-dîn ‘Attâr, La cantique des oiseaux, traduction Leili Anvar, Diane de Sellier éditeur, Paris, 2014, pp. 13-25

[13] Amélie Neuve-Eglise, « Sîmorgh : de l’oiseau légendaire du Shâhnâmeh au guide intérieur de la mystique persane » N° 19, juin 2007

[14] Shahâboddin Yahyâ Sohravardî, L’Archange empourpré. Quinze traités et récits mystiques traduits du persan et de l’arabe, traduction Henry Corbin, Fayard, Paris, 1976.

[15] Amélie Neuve-Eglise, « Sîmorgh : de l’oiseau légendaire du Shâhnâmeh au guide intérieur de la mystique persane » N° 19, juin 2007

[16] Communiqué de presse, Galerie Anne Barrault, Tere Recarens, Baharestan Carpet

[17] Conversation avec Tere Recarens, Frédéric Oyharçaba

[18] Cf. Harry Morgan, Principes des littératures dessinées, 2003, Paris, éditions de l’an 2 p.255

[19] Conversation avec Tere Recarens, Frédéric Oyharçaba

 

B l ob!

Anne – Charlotte Yver, Nelson Pernisco, Victoire Thierrée, Vincent Mauger 

28.04.18 – 16.06.18

« Le Blob n’est ni un champignon, ni une plante, ni un animal[1] ».

Nous entrons dans l’exposition à la Galerie Bertrand Grimont comme pour voir une étude scientifique sur le Blob. Dés le passage du seuil de la galerie nous sommes face à des plantes misent en terre à même le sol, au-dessus d’elles des projecteurs lumineux. Mais ils s’agit bien d’une exposition artistique où la notion de Blob, si on peut appeler cela  une notion, plutôt la chose que l’on appelle Blob, est à l’honneur. On ne sait pas trop comment nommer cette masse colorée qui s’étale en forêt sur plusieurs mètres carrés, recouvrant des branches entière. On dit que c’est un « protiste » car les biologistes, sans bien savoir où le classer, constatent qu’il n’a qu’une cellule. Mais c’est la plus grande du monde et elle possède d’innombrables noyaux. Il a été appelé « myxomycète[2] » – littéralement champignon gélatineux – car son corps est mou. Mais ce n’est pas un champignon même si comme celui-ci il coule, suinte, ses limites sont indéfinissables, il emplit l’air de ses spores et infiltrent le sol avec ses sinuosités, ses fibres ne cessant de se ramifier et de s’étendre[3].

Mais le Blob rappelle aussi l’univers de science-fiction comme un monstre indéfinissable qui attaque quelques malandrins dans un laboratoire abandonné, tout en étant aussi un sujet de recherche scientifique sérieuse. Le Blob a alors cette capacité de « Cristalliser un imaginaire biologique, allant du chiendent végétal à la prédation animale, et remettant en cause les fondements sociologiques de genres ou d’espèces bio-politiques[4] ».

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Victoire Thierrée, Black Tail #4, 2018, Fils de céramique, acier, 220 x 8 cm, Œuvre unique. Photos Amaury Scharf

Dans l’espace de la galerie certaines « queues » ou « fouets » sont laissés sur les mur, ou s’en extirpent. Cette œuvre de Victoire Thierrée est  une pièce qui a été confectionnée avec des fils de céramiques utilisés dans l’aéronautique militaire et aérospatiale pour réaliser des tuyères de navettes et des missiles nucléaires. Comme le blob, sa composante paraît indestructible et sa matière indomptable : minérale mais organique, attirante mais dangereuse, cette œuvre semble cultiver les attributs du fétichisme, entre sadomasochisme assumé, et l’arme violente posée avec délicatesse. Une relation antinomique entre son matériel de fabrication et sa fonction, entre la dangerosité et en même temps le désir que procure l’objet.

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Anne-Charlotte YVER, Storage Facility II, 2017, Béton, acier, sérigraphies quadrichromie sur verre dépoli, leds, câbles électriques. Dimensions variables. Photos : Amaury Scharf

Anne-Charlotte Yver, nous présente plusieurs œuvres issues de la série Storage Facility. Tel le Blob, la construction est intuitive, modulable, emboîtable et en mutation d’une architecture à l’autre. Mais Le Blob est ici pour l’artiste une machine qui déborde d’énergie vitale, échappant à son contrôle pour mener sa propre vie[5]. Au sol des câbles noirs, venant alimenter les néons ou les projecteurs deviennent autant de ramifications qui s’étendent sur le sol de façon champignonneuse. Comme le Blob les câbles semblent croître anarchiquement dans l’espace, rendant visible l’invisibilité de l’électricité y circulant qui donne la vie à ces machines.

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Nelson PERNISCO, Esperanto, 2016, Cocktail Molotov sur affiches contrecollées sur aluminium composite 150 x 90. Photos : Amaury Scharf

L’œuvre Esperanto de Nelson Pernisco sont des affiches de manifestations vierges contrecollées sur des plaques d’aluminium sur lesquelles des cocktails Molotov ont été jeté. Dans cette œuvre, le geste artistique en est le reflet et le texte politique des affiches est sacrifié pour un autre langage : « trace de fumée, signe de présage et de dissuasion[6] ». Transformées sous l’effet des cocktails Molotov lancés par l’artiste. « Je pense que le corps est un espace politique[7] », dit Nelson Pernisco, l’œuvre évoquant des actions mais ne les montre pas, une œuvre visible qui communique un geste invisible.

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Vincent MAUGER, Sans Titre, 2018, Plaques de Valchromat gris assemblées et cassées, Dimensions variables. Photos : Amaury Scharf

Les modules réalisés en matériaux de récupération par Vincent Mauger, progressent et s’adaptent à la galerie. Les panneaux de médium brisés ou découpés sont assemblés selon des formes ouvertes, mais solidaires les unes des autres. A partir de matériaux de construction ordinaires, ce sont des représentations de paysage que l’artiste donne à voir. Constructions schématiques proche de l’univers numérique. Elles sont schématiques car pour l’artiste elles sont des ébauches, des croquis, « Ainsi se superposant à l’espace réel, on découvrira des morceaux de paysages, en quelque sorte des prolongements de l’espace, concrétisant à la fois des images mentales et des lieux propices à la réflexion[8] ».

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Vue de l’exposition, B l ob!, Galerie Bertrand Grimont. Photos: Amaury Scharf

Les œuvres proposent un entraînement de masse à la conscience du Blob qui implique un lien direct avec l’environnement naturel, social ou médiatique, mais l’exposition dans son ensemble est pensée comme un Blob, aléatoire, confus, adaptatif. Les lignes s’étendent, se croisent, tout s’éclate et se répand, les œuvres se superposent et s’emboitent. Difficile de comprendre le Blob, difficile de nous le faire voir. Mais ici dans la galerie Bertrand Grimont nous le pénétrons et nous le lions surtout à notre propre corps qui peut-être n’est pas si éloigné de cette masse qui se répand et s’adapte.

Vous avez à présent toutes les clefs en main pour étudier ce monstre qu’est Le Blob à la galerie Bertrand Grimont, du 28 avril au 16 juin 2018.

Amaury Scharf, Le champignon d’art, Article « B l ob! » Anne – Charlotte Yver, Nelson Pernisco, Victoire Thierrée, Vincent Mauger – 28 avril – 16 juin 2018.

[1] Cit. Communiqué de presse, galerie Bertrand Grimont.

[2] Cf. « Le blob, cet étrange génie visqueux, ni plante, ni animal, ni champignon », LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 19.06.2017, Nathaniel Herzberg

[3] Cf. Tim Ungold, Marcher avec les dragons, traduit de l’anglais par Pierre Madelin, zone sensible, 2013, p.10

[4] Cf. Communiqué de presse, galerie Bertrand Grimont.

[5] Cit. « Le quotidien de L’art » Édition N°902, 18 septembre 2015

[6] Cit. Manifesto XXI – Magazine Interviews, Art, 29 janvier 2017, « Nelson Pernisco, Entre Révolte Et Création » Par Ana Bordenave

[7] Ibidem

[8] Cit. Dossier de presse, Vincent Mauger, Galerie Betrand Grimont