Expo Peyo

 

Peyo

5 mai 2018 – 28 octobre 2018

Le Centre Wallonie-Bruxelles (Paris IVe) consacre pendant 5 mois une exposition sur Peyo, du 5 mai au 28 octobre.

Pierre Culliford, alias Peyo possède un sens de la narration exceptionnel, claire et limpide, récupérant l’héritage et un gout du merveilleux. L’objectif de cette exposition : nous montrer le travail narratif de l’artiste à travers ses planches de bande-dessinée et de nombreux croquis, dans un parcours chronologique agrémenté d’anecdotes cocasses. Mais à travers cette rétrospective c’est aussi l’histoire de la bande-dessinée franco-belge qui nous est contée.

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Peyo, Johan, quotidien La Derniére Heure, 1947

Peyo : des essais au sommet

Premier succès de Peyo, Johan, page du roi, où il pose les fondations d’un univers de fantaisie médiévale, avec enchantement, troubadour et grandes chevauchées. Déjà le travail de l’encre sur les planches de ses œuvres, montre un Peyo en pleine progression, l’encre de chine, elle donne d’emblée l’idée d’un univers fantastique et une esthétique médiévale. Peyo nous fait voyager, nous fait rire, nous fait dériver, mais lorsque l’on dérive, on voyage, on le fait avec un esprit de château (idée de la quête chevaleresque). « Comme leur dérive nous ressemble [ ..] ces cavaliers d’un western mythique ont tout pour plaire : une grande faculté à s’égarer par jeu, le voyage émerveillé, l’amour de la vitesse ; une géographie relative[1] ».

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Peyo, Johan – Le Lutin du bois aux roches, illustration de couverture, 1954

Johan et Pirlouit : la maitrise de la narration

Mais c’est avec Johan et Pirlouit que l’artiste développe son dessin pour gagner en qualité, n’hésitant pas à recommencer intégralement ses premières planches. Le dessin est rond et clair, et permet de faire ressentir les gags et les émotions de ses personnages extrêmement rapidement, permettant ainsi à la narration d’être fluide. Le dessin devenant une forme de narration où c’est par le renvoi d’une image à l’autre, que la représentation de son univers se donne à voir. Les images de cet univers incroyable empreint d’ailleurs d’une forte narrativité sont devenues des œuvres à portée internationales qui transcendent les cultures et leurs esthétiques. Cela étant permis par le dessin, comme genèse a toute création d’univers de bande-dessinées[2]. Le noir et blanc est lui presque systématique[3] dans le travail de Peyo. Ainsi le choix de l’encre de chine et de la ligne « pauvre » claire, douce, toute en rondeurs, essaie d’ouvrir son accessibilité à un maximum de spectateurs, quels que soient leurs âges mais plus important encore quels que soient leurs cultures.

Au sein de l’exposition vous pourrez aussi profiter du travail de narration de la composition des cases, de l’organisation des planches. La narration en image plus qu’au travers des fameuses bulles de texte. Dans la bande-dessinée, la ligne du dessin permet l’émergence de la narration. Elle se fait au travers de la présence de personnages, acteurs d’événements singuliers en train de se produire et une instance narrative qui organise un point de vue de ce qu’il faut rapporter et de ce qu’il faut raconter de façon plus ou moins visible. Le cadre de l’image, la place des personnages, le choix de couleurs, étant tous symboliques, ils aident à la compréhension narrative. Ses récits en image sont une forme de littérature[4].

            La fantaisie, elle, profondément épique et onirique, produit d’autant plus d’images dont le caractère est principalement narratif. L’illustration contient et condense une série d’événements qui se restitue à travers la contemplation et le regard du lecteur[5].

Peyo, Johan et Pirlouit - La Flûte à six schtroumpfs, premiére apparition des Schtroumpfs dans le Journal de Spirou, 23 octobre 1958.jpg
Peyo, Johan et Pirlouit – La Flûte à six schtroumpfs, première apparition des Schtroumpfs dans le Journal de Spirou, 23 octobre 1958

Les Schtroumpfs : Le succès international

Avec l’album La flûte à six trous Peyo imagine une flute enchantée et se demande qui en est le constructeur. C’est alors que l’inspiration surgie, pourquoi cela ne serait pas l’œuvre d’un farfadet. Pour les distinguer des êtres humains celui-ci demande à sa femme coloriste de l’aiguillier. Celle-ci témoigne : « comme, au départ, les schtroumpfs se dissimulent tout le temps dans les feuillages, je ne pouvais pas les faire verts, ils se seraient noyés dans le décor ! en rouge ils auraient été trop voyants…quant au jaune et au brun, ces couleurs auraient pu évoquer une origine asiatique ou africaine. Restait donc le bleu, ce n’était pas très compliqué[6] ! » ce seront donc des petits lutins bleus qui habitent des champignons dans les bois. Tiens ! Des champignons ! ils ont parfaitement trouvé leurs places ici.

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Peyo, Première esquisse des Schtroumpfs, 1958

Quant à leur nom leur origine est très connue mais nous pouvons la rappeler, Peyo et son grand ami Franquin, le papa de Gaston Lagaffe, se retrouvent lors d’un repas. Le premier a besoin de sel mais impossible de se souvenir du mot « salière » … Il lance « passe-moi le… schtroumpf » ! L’invention leur plaît beaucoup et ils passeront tout le dîner à parler en Schtroumpf.

Au cœur de l’exposition vous pourrez retrouver un film regroupant nombre de témoignages et d’anecdotes qui ferrons plaisir aux passionnés de bande-dessinée et d’art graphique.

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Peyo, La flute à six Schtroumpfs, 1958 et la Flûte

Conçus comme des personnages éphémères (un seul épisode initial), Johan et Pirlouit vont voir leurs popularités s’accroître. Ils reparaissent dans l’album suivant, la guerre des sept fontaines, avant d’avoir leurs propres aventures.

Si l’on se réfère à une histoire de 1962[7], Le centième Schtroumpf, ils seraient 99 au départ, puis cent. Une chose est sûre : la Schtroumpfette, apparue en 1966, devient le 101e personnage. Depuis, d’autres sont venus s’ajouter : ils seraient aujourd’hui, suivant les décomptes entre 107 et 110. Les plus connus : le Grand Schtroumpf, bien sûr, mais aussi le Schtroumpf à lunettes, le Schtroumpf costaud ou encore Schtroumpf coquet. Ils ont tous 100 ans, sauf le grand Schtroumpf âgé de… 542 ans.

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Peyo, Les schtroumpfs, demi planche originale

La Schtroumpfette, elle, est dotée de tous les stéréotypes de la blonde manipulatrice, les personnages et l’univers sont imaginaires, mais le moindre trait de crayon peut influencer le caractère d’un héros voire l’histoire elle-même[8]. C’est pourquoi l’apparence de la Schtroumpfette a été un véritable casse-tête pour l’auteur retardant constamment son apparition.

Seule femme dans un monde d’hommes, elle a d’abord été créée par le méchant Gargamel pour semer la zizanie dans le village. La formule pour lui donner vie : « Un brin de coquetterie, une solide couche de parti pris, trois larmes de crocodile, une cervelle de linotte… » Même si elle évolue au fil des albums il y a de quoi faire hurler les féministes… Elle a aussi donné naissance, sous la plume d’une journaliste américaine au « syndrome de la Schtroumpfette », à savoir la surreprésentation des hommes dans les œuvres de fiction, au détriment des femmes.

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Vue fin d’exposition, Peyo

En marge de l’exposition ont lieu deux conférences, une a déjà eu lieu le jeudi 14 juin mais une autre aura lieu le 18 octobre à 20h, ne la ratée pas.

Vous n’avez à présent pas vraiment les clefs mais au moins l’envie de découvrir le travail de Peyo Au centre Wallonie-Bruxelles du 5 mai au 28 octobre 2018.

Amaury Scharf, Le champignon d’art, Article « Expo Peyo » Peyo – 5 mai – 28 octobre 2018.

 

[1] Christophe Boulanger ; Savine Faupin ; François Piron (dir.), Habiter poétiquement le monde, catalogue d’exposition, Lille métropole, Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut, exposition présentée du 25 septembre 2010 au 30 janvier 2011, pp.68-69

[2] Cf. Jean Samuel Kriegk et Jean-Jacques Launier, Art ludique, Paris, Sonatine, 2011, p.5

[3] Ibidem, pp.54-56

[4] Cf. Harry Morgan, Principes des littératures dessinées, 2003, Paris, l’an 2 p.19

[5] Ibidem p.41

[6] Cité dans Hugues Dayez ; José Grandmont, Expo Peyo, catalogue d’exposition, Paris, 2018, p.10

[7] Ibidem

[8] Cf. Jean Samuel Kriegk et Jean-Jacques Launier, Art ludique, op. cit., p.78